Publié par : allezlesfilles | 29 janvier 2015

Les femmes ont toute leur place pour porter les innovations de demain déclare Hélène Olivier-Bourbigou, la femme scientifique de l’année


Hélène Olivier-Bourbigou a été élue « Femme scientifique » de l’année 2014 du  très prestigieux prix Irène Joliot-Curie, décerné chaque année par le Ministère de la recherche et la Fondation Airbus Group. Elle est chef de département à L’IFP Energies nouvelles et responsable des recherches dans le domaine de la catalyse moléculaire. Brillante chimiste, très tôt remarquée par Yves Chauvin, prix Nobel de Chimie en 2005, ses recherches visent à développer des procédés qui permettent de transformer des matières premières fossiles en molécules à plus haute valeur ajoutée utilisées par l’industrie chimique comme des plastifiants ou de polymères. Une chimie plus respectueuse de l’environnement et plus économique, plus durable est ce qu’elle poursuit dans ses travaux de recherche. Reconnue comme l’une des meilleures spécialistes mondiales dans sa discipline, elle a aussi à coeur de former les jeunes à la recherche.

Elle a  accepté de répondre aux questions de Flore. Nous sommes très honorées de vous faire découvrir son parcours et ses passions.  

Elle conseille aux jeunes qui veulent faire des sciences : « franchissez le pas », ayez de l’audace, vous ne le regretterez pas !!!

Pourriez-vous nous décrire rapidement votre parcours scolaire et professionnel et nous dire ce qui vous a amenée vers la chimie ?

Après l’obtention de mon bac scientifique (série S) en 1982, j’ai fait les classes préparatoires au Lycée Pierre de Fermat à Toulouse. Ce qui m’a conduit à intégrer une école d’ingénieur. J’ai choisi la chimie, bien qu’à ce stade l’enseignement reçu ne m’en avait donné qu’un aperçu très théorique. C’est à l’Ecole Nationale Supérieure de Chimie de Rennes que naît ma motivation. Je réalise mon stage de fin de 2ème année dans les laboratoires de la société Roussel Uclaf à Romainville dans la région parisienne : c’est ma première réelle expérience de la recherche en chimie ; elle me donne rapidement ce goût du travail expérimental en synthèse organique qui associe rigueur scientifique, ouverture, curiosité, remise en cause, apprentissage continu…

Je sais alors que je veux faire de la recherche. Je décide naturellement de poursuivre ma formation par une thèse. Je postule pour un sujet proposé dans le groupe de catalyse moléculaire dirigé par Yves Chauvin à l’Institut Français du Pétrole à Rueil Malmaison, aujourd’hui IFP Energies nouvelles.  Dès le départ, j’ai beaucoup de chance d’être acceptée dans cet environnement exceptionnel où il existe un parfait équilibre entre recherche académique et industrielle, où je peux allier une démarche scientifique rigoureuse avec le souci de l’application.

A l’issue de ma thèse, je  bénéficie d’un séjour post-doctoral à l’université de Sussex au Royaume Uni pour compléter ma formation et m’ouvrir à d’autres approches. Je rejoins en 1989 le groupe d’Yves Chauvin en tant qu’ingénieur de recherche. Là, je conduis des travaux de recherche sur la catalyse homogène appliquée à la chimie avec pour objectif le développement de procédés industriels plus respectueux de l’environnement.

La femme scientifique de l'année 2014, lauréate du Prix Irène Joliot-Curie

La femme scientifique de l’année 2014, lauréate du Prix Irène Joliot-Curie

Vous animez une équipe d’une vingtaine de personnes. Avez-vous suivi une formation spéciale ou est-ce arrivé naturellement dans votre parcours ?

Ma première fonction d’ingénieur de recherche comprend une mission d’encadrement du travail d’un ou deux techniciens puis de thésards et stagiaires.  C’est naturellement que le travail d’équipe s’installe sans trop de difficultés car orienté vers un objectif commun, un résultat visé. La conjugaison des talents et le partage des bonnes pratiques apparaissent pour moi comme un plus, une motivation. L’équipe que j’encadre aujourd’hui (environ 20 personnes) est composée d’hommes et de femmes. Cela nécessite de mettre en place une organisation avec des références de fonctionnement. Pour cela, j’ai eu l’opportunité de suivre des formations qui m’ont donné certaines clés pour améliorer la cohésion et l’esprit d’équipe.

Certains hommes sont parfois récalcitrants à l’idée d’être dirigés par une femme,  avez-vous rencontré ce problème ? Si oui, comment y avez-vous fait face ?

S’affirmer et être acceptée comme leader, être capable d’anticiper et de donner des directives sont en soi des missions difficiles du management, pour les femmes comme pour les hommes. J’ai parfois ressenti certaines réticences masculines à accepter une  autorité féminine. Cela reste ponctuel. Mon objectif, en tant que manager, est alors d’essayer d’unir le groupe et de coordonner les efforts, de le valoriser sur la base des succès, même lorsqu’ils sont modestes, de faire converger les intérêts individuels et l’intérêt collectif – de gagner la confiance de chacun. Je vise à ce que mon autorité soit naturellement reconnue et acceptée.

Vous avez débuté aux côtés d’Yves Chauvin, Prix Nobel de Chimie 2005, cela vous a-t-il donné des idées, des perspectives de carrière ? Avec vos travaux pour une chimie plus respectueuse de l’environnement par exemple ?

Mon travail auprès d’Yves Chauvin a été à la base de l’évolution de mon parcours. J’ai appris avec lui l’ouverture, à savoir s’intéresser au nouveau, la curiosité que ce soit pour la recherche fondamentale ou appliquée, le gout du risque, des enjeux difficiles. Cela m’a permis d’orienter mes recherches en créant des passerelles entre différents domaines qui s’ignoraient et d’aller vers des innovations de rupture.

Auriez-vous un conseil à donner aux jeunes, et notamment aux jeunes filles ? Un mot à leur dire pour leur donner envie de s’orienter vers la chimie ?

La chimie est parfois associée à une image négative qui n’est pas à la hauteur de son impact réel. La chimie est partout dans notre environnement et contribue à notre bien-être. Rappelons qu’en France, l’industrie chimique est la première filière exportatrice, au 6ème rang de la chimie mondiale. Les enjeux, environnementaux, économiques et sociétaux sont importants. Pour relever ces défis, des avancées scientifiques seront nécessaires. Les femmes ont toute leur place pour porter les innovations de demain. Il n’y a pas de profil « standard », de norme « masculine » mais au contraire un besoin de diversité. Je souhaite dire aux jeunes filles/femmes qui hésitent à suivre cette filière que c’est un métier passionnant, malheureusement souvent méconnu et où certains stéréotypes peuvent encore être véhiculés.

Alors, tout simplement « franchissez le pas », ayez de l’audace, vous ne le regretterez pas !!!

 


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