Publié par : allezlesfilles | 29 janvier 2014

Martha Crawford, directrice R&D Areva : « Quand j’étais au lycée j’avais besoin d’écouter des femmes scientifiques! »


Martha Crawford a passé son enfance dans une ferme bio de l’Arizona. Diplômée de l’université de Harvard, elle a été consultante pour les questions d’environnement chez Suez, a créé l’autorité de protection de l’environnement aux îles Marshall, a été administratrice à l’OCDE sur la performance environnementale…

Aujourd’hui elle dirige la recherche développement d’Areva, le fleuron français du nucléaire, qu’elle a rejoint peu de temps avant la catastrophe de Fukushima.

Nous l’avons rencontrée lors de la cérémonie de remise des Trophées des femmes de l’industrie où lui a été décerné le prix de la femme R&D 2013 .

C’est pour améliorer la prise en compte de l’environnement par l’industrie qu’elle s’y est engagée. Une autre façon de suivre le conseil de sa mère de qui elle tient son goût pour la cuisine : « si tu n’aimes pas ce qui sort de la cuisine, va faire la cuisine » !!!

Chez Areva, la patronne de la recherche réussit même à faire travailler ensemble le nucléaire et l’éolien.

Elle  a accepté, en toute simplicité, de répondre à nos questions. Nous sommes très heureuses de publier l’interview de cette très brillante femme d’action et de conviction qui n’a en rien renié ses idées sur la protection de la planète.

Martha Crawford, directrice de la recherche et développement chez Areva

Martha Crawford, directrice de la recherche et développement chez Areva

 

Comment avez-vous choisi votre domaine d’études, puis de carrière ?

J’ai toujours suivi mes passions dans mes choix d’études et de carrière. Quand j’ai préparé mon premier diplôme universitaire, à la fin des années 1980, j’ai choisi l’écologie car les cours me passionnaient. De plus, j’étais persuadée que ces études allaient me donner des outils pour résoudre des  problèmes environnementaux que je voyais autour de moi.  Mon père s’inquiétait car il pensait que je ne trouverais jamais un travail avec un tel diplôme – les études environnementales n’étaient pas encore à la mode.

Pareil pour mes choix de carrière, j’ai suivi mes passions. A l’âge de 22 ans, j’ai accepté un poste dans les Iles Marshalls, perdues dans l’Océan Pacifique, car j’étais passionnée par l’idée de pouvoir appliquer mes connaissances en écologie pour vraiment améliorer la qualité de vie dans les îles.  Je n’ai jamais fait de calculs pour savoir ce que ces choix allaient m’apporter par la suite ou combien j’allais pouvoir gagner par an. J’ai toujours été confiante, pensant que l’avenir serait beau, et je chercherais juste où je pourrais faire une différence, redonner quelque chose à ce monde.

Quels sont les obstacles que vous avez rencontrés en tant que femme, si vous en avez rencontrés ?

 J’ai rencontré plein d’obstacles, bien sûr. Nous rencontrons tous des obstacles dans la vie, femme ou homme. Peut-être qu’il a été plus difficile pour moi de faire mes preuves en ingénierie (sujet de mon Master et de mon doctorat), car il y avait très peu de femmes dans ce cursus à l’époque. On était trois filles sur cent dans la promo. Chaque fois que les filles entraient en classe, toutes les têtes se tournaient. Je me suis dit que ce n’était pas important, que ce qui importait c’était que chaque jour j’avance vers mon but, de me doter des outils et compétences dont j’avais besoin. En classe, je me suis « camouflée »  pour ne pas attirer l’attention sur le fait que j’étais une fille. Je portais un jean et un t-shirt, comme tous les garçons, et je ne me suis jamais maquillée. J’ai fait « profil bas », et j’ai fait mes devoirs comme tout le monde. Dès que j’ai eu mon doctorat en poche, j’ai commencé à retrouver mon vrai style, plus féminin.

Je dois dire que, tout au long de mes études, j’ai bénéficié du soutien et du « mentoring » d’un certain nombre de professeurs hommes, qui semblaient faire de l’intégration d’un plus grand nombre de filles dans des métiers scientifiques, « typiquement masculins », un combat personnel. Je pense qu’ils ont vu que j’étais capable, et que j’étais motivée et ils ne m’ont jamais laissé tomber. Je n’avais pas envie de les décevoir, donc j’ai encaissé et j’ai surmonté les obstacles. J’ai accepté de souffrir. Je n’ai jamais pensé que ce  serait facile. Mais j’étais bien contente d’avoir l’opportunité et je comptais bien en profiter.

Que souhaitez-vous faire aujourd’hui pour motiver et pour  encourager d’autres jeunes filles et jeunes femmes scientifiques ?

 D’abord, je souhaite être un exemple, un « rôle modèle ». Quand j’étais au lycée, je suis allée écouter des femmes scientifiques qui passaient à l’université (l’université était à 500 mètres de ma maison), je saisissais chaque opportunité que j’avais de les  rencontrer. J’avais besoin de les écouter, de leur parler après leurs interventions, pour savoir comment elles y étaient arrivées. C’était une façon de me rassurer et de m’assurer que j’avais toutes les capacités ;  leur parler m’a aidée à me construire une image, à me projeter dans  l’avenir.

Par ailleurs,  je souhaite encourager les filles qui ont la fibre scientifique à continuer. Les études scientifiques débouchent sur des tas de choix de carrière, tous très bien, et souvent plutôt faciles à concilier avec une vie de famille.  Une journée ne ressemble pas à une autre dans la R&D, c’est un travail vraiment passionnant ou vous pouvez continuer à apprendre tous les jours.

Lorsque vous faisiez vos études, comment se passaient les relations avec les garçons de votre promotion, la compétition,  l’entraide, la différence de comportements

Je pense que la plupart des garçons autour de moi, pendant mes études en ingénierie, étaient plutôt impressionnés et se sentaient timides en ma présence. Aux Etats-Unis, les universités sont énormes, et toutes les disciplines se trouvent sur le même campus.  Au premier abord, j’étais le type de fille à sortir avec des garçons  qui avaient une grande côte de popularité étudiant dans les Business School. C’était donc à moi d’aller vers les garçons dans mes cours scientifiques pour les rassurer et leur montrer que je n’étais pas arrogante ou superficielle, et pour montrer que j’avais de l’estime pour eux. Cela s’est très bien passé.

On se réunissait à la bibliothèque pour faire les devoirs ensemble, on est devenus comme des frères et sœurs. La compétition est tellement féroce dans les écoles comme Harvard et le MIT, où j’ai étudié, que si vous n’arrivez pas à vous intégrer dans un groupe où on se soutient, vous ne survivez pas.  Ce n’est pas comme en France, où  lorsque vous êtes admise dans une grande école, vous êtes quasiment certaine de sortir avec un diplôme quelques années plus tard. Dans les meilleures universités américaines, le processus d’admission est très dur, mais c’est encore plus dur de sortir intacte et avec le diplôme. Chaque semestre, il y a des étudiants qui abandonnent, qui craquent sous la pression. C’était peut-être une bonne chose pour moi que je vienne d’une famille de plusieurs enfants, avec quatre frères, parce que j’ai su m’adapter !


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