Publié par : allezlesfilles | 27 septembre 2013

Valérie Masson-Delmotte : le meilleur encouragement est la confiance !


C’est depuis Stockholm où elle se trouve, en pleines négociations et discussions pour  l’approbation du rapport du GIEC, le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, que Valérie Masson-Delmotte, la lauréate « Femme scientifique de l’année » du prix Irène Joliot-Curie a répondu à nos questions. Spécialiste de l’évolution du climat, elle travaille au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement du CEA avec Jean Jouzel. 

MASSON-DELMOTTE-Valerie

Comment avez-vous choisi votre domaine d’études, puis de carrière ?

Il faut d’abord que j’explique que j’ai toujours aimé lire et apprendre. Je peux aussi parler de quelques rencontres. J’étais très intéressée par l’archéologie, et un voisin m’avait montré ses trouvailles et des sites d’études. Un ami de mes parents, enseignant de biologie, m’avait aussi fait partager sa curiosité pour comprendre le monde qui nous entoure. Au lycée, j’ai beaucoup aimé les matières scientifiques, et je lisais régulièrement des journaux de vulgarisation scientifique, où j’ai lu des articles sur les sciences du climat qui m’avaient marquée. J’ai fait des classes préparatoires à Nancy, où j’ai grandi, puis intégré l’Ecole Centrale. J’ai choisi de faire une spécialisation en physique des fluides, et ensuite cherché un laboratoire qui pourrait m’accueillir en stage puis en thèse sur un sujet lié au climat. Plusieurs scientifiques dont j’avais lu des interviews dans les journaux de vulgarisation scientifique m’ont prise au sérieux, m’ont reçue, et Jean Jouzel m’a suggéré de faire mon stage de DEA (Mastère aujourd’hui) avec Sylvie Joussaume. C’est comme cela que je suis arrivée sur le plateau de Saclay, au Laboratoire de Modélisation du Climat et de l’Environnement du CEA, qui est maintenant devenu le Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement (CEA-CNRS-UVSQ/IPSL). Et après ma thèse, j’ai eu beaucoup de chance, car Jean Jouzel m’a embauchée pour travailler directement avec lui sur les carottes de glace. Aujourd’hui, il faut être beaucoup plus pugnace pour obtenir un poste fixe de chercheur, et acquérir des années d’expérience dans différents laboratoires, souvent à l’étranger. J’ai eu la chance qu’à cette époque, on recrute de jeunes scientifiques et qu’on leur fasse confiance, et j’aimerais que cela puisse être à nouveau le cas à l’avenir.

Quels sont les obstacles que vous avez rencontrés en tant que femme, si vous en avez rencontrés ?

Je ne pense pas avoir jamais eu d’obstacles spécifiques en tant que femme. Pendant mes études scientifiques, les jeunes femmes étaient minoritaires mais cela ne m’a jamais posé de problème. J’apprécie pourtant davantage la parité qui est présente au LSCE. J’ai parfois ressenti une forme de paternalisme mais je n’ai jamais ressenti, en France, de difficulté liée au fait d’être une femme. Ce n’est pas nécessairement le cas à l’étranger, en particulier dans certains pays où il y a toujours peu de femmes scientifiques. J’ai aussi la chance d’avoir une famille soudée, un mari et deux filles qui comprennent pourquoi j’ai un travail prenant et des déplacements fréquents, même s’ils subissent cela et aimeraient que je sois plus disponible. Il y a aussi le côté agréable de pouvoir parfois aller en famille dans des endroits peu fréquentés, comme cet été passé au Groenland: j’ai passé 2 mois sur le camp de NEEM (pour un forage dans les glaces du Groenland), et mon mari avait emmené les enfants pendant leurs vacances d’été dans le petit village du sud du Groenland où il a installé une station de mesure atmosphérique, puis je les ai rejoints pendant quelques semaines. C’était une expérience exceptionnelles pour nous tous.

Que souhaitez-vous faire aujourd’hui pour motiver d’autres jeunes filles et jeunes femmes scientifiques, pour les encourager ?

Je crois que la motivation pour tous, hommes ou femmes, passe par la curiosité. La démarche scientifique est extraordinairement stimulante. Parmi les choses que j’aime le plus dans ce métier de chercheur figure une forme de coopération, en interne, dans les équipes, les laboratoires, mais aussi au niveau international. Et le meilleur encouragement est la confiance!

Lorsque vous faisiez vos études, comment se passaient les relations avec les garçons de votre promotion (compétition, entraide, différence de comportements

C’est amusant, parce que je n’ai jamais vraiment réfléchi à cette question. J’ai un souvenir très fort de travail intense, en équipe, pendant mes années de classe préparatoire, c’est plutôt cette entraide et cette coopération que je retiens, sans différence entre garçons et filles. Ensuite, pendant mes études d’ingénieur, je n’ai pas tellement de souvenir de compétition mais plutôt de bons moments passés avec des amis. Le plus difficile a sûrement été de surmonter une forte de timidité.


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